«Les limites des politiques traditionnelles dans la gestion du phénomène de l›immigration clandestine et la nécessité d’opter pour une vision commune susceptible d›encourager l›immigration régulière selon des mécanismes respectant le droit des migrants », telles sont les conclusions à tirer de cette rencontre ayant eu lieu mardi 28 décembre 2021 entre le président tunisien, Kais Saeid, et le chef de la diplomatie italienne, Luigi Di Maio, qui effectuait sa première visite à Tunis depuis la mise en place des mesures exceptionnelles le 25 juillet 2021 par le chef d’Etat tunisien.
Profitant, en effet, de la visite du chef de la diplomatie italienne, Luigi Di Maio, en Tunisie, plusieurs ONG ont dénoncé la politique européenne en matière d’immigration, «Les conditions d’hébergements dans les centres de migrants ne respectent ni la dignité des personnes ni les conditions sanitaires en particulier en ces temps de pandémie», a déploré Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).
Selon lui, la Tunisie «s›est transformée en gardien de la mer», empêchant en 2021 plus de 26.000 migrants d›atteindre les côtes italiennes. «Dans ces centres, les autorités italiennes obligent les migrants à signer des documents qu›ils ne comprennent pas», a renchéri Ahmed Mssedi, membre de l›organisation Avocats sans frontières.
Près de 55.000 migrants ont débarqué en Italie depuis le début de l›année jusqu›à début novembre, contre un peu moins de 30.000 en 2020, selon des données officielles italiennes. Plus de 70% de migrants clandestins qui partent depuis la Tunisie sont des Tunisiens, selon la même source.
Profil de l’émigré clandestin:
Les données quantitatives et qualitatives ont montré que l’émigré clandestin a ses propres caractéristiques qui le distinguent d’autres types d’émigrés. Il s’agit donc d’un émigré :
-Jeune masculin : tous les clandestins ne dépassent pas 30 ans lors de l’émigration clandestine.
-Célibataire : 86% des émigrés sont célibataires dont %74 ont un age moins de 30 ans lors de leurs migrations.
-Niveau d’instruction faible : 99% de l’échantillon ont le niveau au secondaire au maximum.
-Un chômeur : les données quantitatives ont montré que 72 % des émigrés clandestins appartiennent à la catégorie des chômeurs. Nous avons enregistré que la plupart de ces émigrés ont vécu le chômage après leurs échecs scolaires. Cette situation peut être expliquée par le manque d’emploi et la faiblesse des salaires observés dans l’activité agricole.
Causes principales :
Dans notre époque actuelle les raisons de fuir se multiplient. Le monde industrialisé est marqué par l’accélération et la mondialisation des flux migratoires. Ces flux humains traduisent les inégalités économiques, sociales et politiques mondiales existant entre deux mondes différents. Le fossé des niveaux de vie et la croissance démographique dans les pays en voie du développement, alimentent les migrations. En ce sens, Philippe BERNARD affirme que « la mondialisation ne peut qu’inciter à la mondialisation, notamment clandestine…». Devant cette situation planétaire, ou l’aggravation des flux migratoires est assez importante, Stephen CASTLES affirme que nous sommes devant «un marché de la migration».
Quoi qu’elle ait des racines historiques plus profondes, la migration clandestine a connu un accroissement substantiel pendant les années 1990 en conséquences des politiques migratoires. En effet, l’émigration clandestine en Tunisie ne constitue pas un phénomène attirant que pendant cette dernière décennie du 20°siècle, c›est-à-dire après que l’Italie a freiné la migration légale et l’application majeure des conditions d’entrée dans le territoire européen. En ce sens, Bernard Gérard a signalé que l’émigration clandestine « est une production de la loi ».
Mais, malgré l’importance de ce constat, ce phénomène est très lié à la situation familiale et sociale de l’émigré qui constitue un facteur poussant à l’émigration. En effet, les données quantitatives et qualificatives ont révélé une très grande variété de motifs de départ, de transit par notre région pour atteindre l’Europe. En effet, les motifs de l’émigration clandestine en Tunisie sont répartis en trois grands axes :
Les facteurs psychosociaux:
Ils sont répartis comme suit :
*La pauvreté: 90% des émigrés appartiennent à une catégorie sociale pauvre.
*Le chômage: 72% déclarent que ce facteur n’a pas cessé de pousser les jeunes à tenter l’émigration clandestine et que 65,71¨% affirment qu’ils n’ont pas trouvé un travail à cause d’absence de projets économiques notamment industriels.
«Je suis l’aîné de huit, je suis un chômeur… je ne peux demander a mon père de subvenir a mes besoins. C’est pourquoi j’ai décidé de partir vers l’Europe clandestinement ». (Migrant- chômeur, 29 ans). Pour les migrants originaires de notre milieu, la recherche d’un emploi et la volonté de s’installer en Europe font partie des motifs d’émigration.
*problèmes familiales et sociales : ils constituent aussi l’un des raisons importants qui encouragent les jeunes à fuir du milieu social vers l’Europe. En ce sens, %54,28 n’a pas cessaient d’affirmer le rôle important de ce facteur.
Les raisons économiques et matérielles:
On peut les résumés dans les attentes et les objectifs de l’émigration. En ce sens, 97,14% ont émigré pour assurer un capital matériel. Ce pendant 48,57% ont affirmé qu’ils ont émigré pour créer un projet économique et pour posséder un véhicule. Ces facteurs apparaissent donc très importants si on les compare avec d’autres raisons qui jouent un rôle secondaire. Citons comme exemple, le mariage avec une ressortissante italienne (8,57%).
Les facteurs culturels:
Il s’agit de l’influence croissante de l’imaginaire populaire sur les jeunes ainsi que sur la toute population de la région. L’imaginaire est plein de représentations qui considèrent que l’Europe, notamment l’Italie, est un paradis ou les jeunes peuvent vivre et subvenir à leurs besoins. Ces représentations mêmes si elles sont construites au niveau imaginaire, elles constituent pour les jeunes des réalités non négligeables. En effet, l’Italie est omniprésente pour eux. Dans ce cadre, les représentations sont construites autour de trois aspects :
*Le premier aspect:
Il est relatif au coté imaginaire de la migration clandestine et aux images de L’Italie dans l’imaginaire public. Selon ce facteur culturel, l’Italie reste pour eux un pays de richesse et de fortune.
*Le deuxième aspect:
Il est construit autour du coté pratique : le travail en Italie est disponible et le salaire est très élevé.
*Le troisième aspect:
Il est relatif au coté social. L’Italie, en tant que pays d’Europe, est caractérisée par un niveau de vie élevé et une mobilité sociale active. De nombreux migrants ont déclaré avoir été convaincus de partir par les images des télévisions européennes qu’ils reçoivent à leurs foyers, et qui leur montrent un niveau de vie favorable. «Je travaille dans un café. Mon salaire ne dépasse pas 7 dinars par jour… j’ai toujours attiré par les images annoncés par les télévisions européennes … je ne peux pas résister. En France ou en Italie, un travailleur peut gagner au moins 60 euros par jour! C’est pourquoi j’ai décidé de partir clandestinement vers l’Europe malgré les risques attachés à cette aventure», (Travailleur, 31 ans). Ces différents résultats montrent que l’émigration clandestine reste au fond un phénomène imaginaire, puisqu’il est construit non pas seulement des raisons psychosociales et matériels, mais plutôt d’un ensemble des images et des représentations.
L’Europe coûte que coûte!
Alors, tous semblent penser qu’en Europe on peut travailler, gagner d’argents et d’assurer un avenir décent. Tous sont orientés par une perception de richesse des pays Européennes pourvoyeurs d’emplois, une perception semble être l’une des motivations essentielles pour tenter la traversée.
Conséquences de l’émigration clandestine:
Les conséquences de ce phénomène sont multiples. Mais, nous nous limitons à exposer quelques unes comme la situation professionnelle et sociale des émigrés au pays d’accueil. Les donnés qualitatives ont, en effet, montré que les clandestins ont vécu des difficultés au pays d’accueil. Au niveau du domaine de travail, ils travaillent dans des activités pénibles qui commandent une force physique comme l’activité agricole et le bâtiment. Il faut signaler encore qu’ils ont de difficultés d’intégration dans la société Italienne. La faible maîtrise de la longue italienne en est une. Au niveau du logement, ils sont regroupés dans des endroits collectifs qui manquent de conditions sanitaires et sociales minimales.
Pour les revenus et types d’investissement des émigrés dans la région, nous signalons que les revenus des émigrés qui ont réussi leurs projets migratoires, ont été investis dans des projets familiales et individuels : amélioration de la situation familiale, construction d’une maison, mariage. Ces types d’investissements s’expliquent par la domination d’une conscience collective qui pousse les émigrés à investir leurs revenus dans des projets bien précis pour démontrer leur réussite sociale.
Conclusion:
L’enquête dont les résultats sont présentés dans cet article constitue la première du genre menée sur un vaste échantillon des émigrés clandestins en Tunisie. L’objectif visé était de recueillir le maximum d’information sur les caractéristiques socio-économiques de la population concernée, le profil de l’émigré et ses motifs d’émigration, la manière de pénétrer illégalement en Europe, les caractéristiques du milieu qui le font un point de départ et les conséquences de ce phénomène sociale qui est devenue une réalité structurelle de la société tunisienne Nous enregistrons que le phénomène de la migration clandestine est le produit d’une conjonction de plusieurs facteurs.
Il ne constitue pas un tout homogène, il est multidisciplinaire.
La situation de clandestin doit être appréhendée non comme un état stable, mais comme une phase dans un contexte socioculturel où interagissent plusieurs facteurs.
Une des caractéristiques de la migration clandestine tunisienne c’est quelle touche essentiellement les jeunes qui n’hésitent pas de tenter la migration clandestine malgré les sanctions sévères adoptés par l’état. Nous signalons encore que le facteur géographique joue un rôle considérable dans l’organisation de ce phénomène sociale.
Les causes de la migration clandestine en Tunisie sont multiples. Mais, les facteurs culturels (rôle de l’imaginaire public) restent les plus importants motifs. Les difficultés de survivre et d’intégration touchent aussi les émigrés existant dans le pays d’émigration. Les conséquences de ce phénomène social sont multiples dont les revenus sont investis des émigrés qui ont réussi leurs projets migratoires ont été investis dans des projets individuels et familiales.
L’émigration clandestine en Tunisie n’est pas récente. Mais elle acquiert une importance considérable avec la fin du 20eme siècle. Comme un type de migration africain, nous avons tenté par cette recherche de préciser les caractéristiques générales de la migration clandestine en Tunisie, ses motifs et leurs conséquences en basant sur une approche méthodologique quantitative et qualitative. Par ses propres caractéristiques, l’émigration clandestine en Tunisie est apparaît alors une migration individuelle et n’est pas une migration familiale ou migration de clans comme on l’a enregistré dans des nombreux pays Africains.
L’expansion extrêmement rapide des migrations clandestines enregistrées au départ de l’Afrique pendant les années 1990 est à relier à l’attraction de plus en plus forte qu’exercent le monde et le niveau de vie des populations d’Europe occidentale et l’Amérique du nord.
Dés le début des années 1990, des milliers d’africains ont tenté de traverser les frontières afin de pénétrer clandestinement dans le territoire européen. Mais, malgré les sanctions restrictives adoptées par les Etats, la migration des jeunes africains n’à pas cesser de croître.
L’Europe pour eux représente « ce qu’il y a de mieux» en termes de conditions de vie, de loisirs et de liberté. Au-delà de cette évidence, la migration clandestine est développée aussi dans le continent même de l’Afrique. Les jeunes subsahariens ont tenté de traverser les frontières entre Etats africains, notamment pays du nord, pour entrer d’une manière illégale en Europe.
L’Afrique par ses toutes crises économiques ainsi que par ses difficultés sociales joue un rôle de plus en plus répulsif sur une grande partie de sa population. Ce continent a connaît une transition démographique en même temps que la pauvreté est en train de s’y étendre comme nulle part ailleurs ai monde.
Face à sa complexité croissante la migration africaine demeure un thème d’actualité qui nécessite des études et des approches méthodologiques approfondies. Cette nécessité est expliquée par la tendance de plusieurs jeunes de niveau d’instruction et de sexe différent de tenter l’émigration clandestine.